14 février 2007
Sauvetage de Chat
Madame et Monsieur Padochaude vivaient depuis de nombreuses années dans un appartement que l'on peut qualifier d'insalubre. Ils sont très âgés et n'ont pas de famille proche. La semaine dernière, une autorité compétente (une tutelle) a fait déménager le vieux couple dans un appartement flambant neuf.
Seul problème, les déménageurs ont laissé le chat, introuvable... Marguerite et Pedro ont fait part de leur tristesse à l'aide-soignante du secteur. Cette situation me paraissait assez ignoble.
Donc, hier après-midi, notre bon coeur nous a conduit (mon chef et moi-même), à l'ancienne adresse pour tenter de récupérer la pauvre bête. Une heure à chercher partout sans aucun résultat... Ce, jusqu'à ce que nous tapions de nouveau sur un grand monticule de bordel pour qu'enfin, il surgisse ! L'opération attrapage fût d'abord un échec...
Nous avons mobilisé nos dernières forces afin de réussir enfin à capturer l'animal avant de l'enfermer dans une boîte en plastique. Heureux par avance de la joie qu'allait procurer ces retrouvailles d'homme à animal, nous avons quitté le sourire aux lèvres, l'appartement délabré.
Direction leur nouveau logement, c'était une grande surprise pour eux...
Mais arrivés sur place, malheur, nous avons échappé la boîte par terre et le chat s'est enfuit !! Il a traversé la route et .... je ne vous raconte pas la suite...
Notre regard s'est posé sur ce pauvre animal gisant sur le goudron...
Mais non ! Il a retrouvé ses maîtres qui étaient joyeux et il s'est vite caché sous une armoire ! On leur souhaite à tous les trois (tous les quatres avec le chien), de très bons moments dans leur nouveau logis.
30 janvier 2007
Thérèse
Hier après-midi je travaillais. Mon chef de service m'a confié pour la semaine une très jeune étudiante de 18 ans qui veut devenir infirmière ou aide-soignante.
Nous nous sommes rendus chez Thérèse vers 17h. Thérèse nous avait réservé un accueil bien chaleureux. Le café, les petits gâteaux... Elle nous expliqua que c'est le Docteur qui avait demandé qu'une aide-soignante passe l'aider à faire sa toilette le matin. Nous avions décidé dans le service de soins de lui faire aussi une visite l'après-midi. Thérèse me disait qu'elle avait une gastro qui ne guérissait pas.
J'expliquais donc que nous passerions aussi l'après-midi pour surveiller son état de santé. Thérèse nous parla de ses enfants, ses petits enfants, de la fleuriste qui était en bas de chez elle, de la dame de l'agence de voyage à qui elle avait réparé une jupe dernièrement en urgence. Thérèse sentait bon la gentillesse d'une vieille femme.
J'expliquais à mon étudiante qui ne comprenait pas l'intérêt de notre passage que tout irait vite. Que rapidement Thérèse aurait des difficultés à venir nous ouvrir la porte. Qu'il faudrait l'aider à se déshabiller. Qu'elle resterait dans son fauteuil. Qu'elle ne serait plus continente. Qu'il nous faudrait dire à son médecin qu'elle a des nausées, qu'elle ne s'alimente plus, qu'il lui faut de nouveaux anti-douleur...
J'expliquais à mon étudiante que nous allions l'aider à mourir. Que dans quelques semaines, Thérèse serait au lit, nous allions devoir la laver, lui faire des massages, l'écouter, lui parler, entourer sa famille.
Pour tout ça, il était bon que nous fassions tranquillement connaissance.
Thérèse n'a pas osé me dire qu'elle avait un cancer du pancréas qui allait lui enlever la vie.
13 janvier 2007
C'est un plaisir de travailler
Il faut souligner quand c'est plaisant de travailler. De manière globale, j'aime travailler. Toutefois sans être un acharné du travail et restant distant de ma fonction une fois mes visites terminées. J'ai vu ce samedi des gens qui vont mourir vite, d'autres pour une continuité d'un maintien à domicile. Des gens que je connaissais pas, d'autres que je connaissais. J'étais content de connaître ces nouveaux, d'établir un lien. J'étais content de revoir les anciens, qui, eux mêmes, étaient content de me retrouver.
Je suis, ce soir, bien claqué avec un chat insolent et violent qui n'apprécie pas les croquettes distribuées et m'attaque les jambes pour se venger lors de mes déplacements dans l'appartement.
La question la plus fréquente des familles dans le cadre des soins aux personnes en de vie: "Est-ce que le coeur peut tenir encore longtemps comme ça ?" Mes réponses sont toujours les mêmes, bien sur.
23 novembre 2005
Elle croyait que...
J'ai rencontré une vieille dame ce matin.
Le corps un peu courbé, elle avait à la main une casserole d'eau bouillante où se promenaient trois petites patates.
Quand je suis parti, la gorge me serrait, son regard me devenait insupportable.
J'avais envie de pleurer.
J'avais envie de l'emmener.
J'avais envie d'être en colère.
Elle a tout quitté, pour ce rapprocher de son seul enfant (fille ou garçcon, peu importe).
Elle a quitté ses amis, son appartement de 40 ans, ses commerçants, sa vie. Longuement, elle a réfléchi.
Elle était contente d'arriver. Le coeur en peine tout de même. On efface pas toutes ces années comme ça.
Elle était étonnée qu'on ne vienne pas l'aider à s'installer.
Elle a rangé ses cartons toute seule.
Elle croyait que...
On lui avait dit que...
Mais elle ne vient la voir que tous les 15 jours, sans jamais partager un repas avec elle, elle passe, furtivement.
Elle ne l'a jamais invité chez elle.
Elle l'ignore, elle est un poids lui a t'on dit à présent.
Peine est, d'avoir tout quitté.
Sordide, est, ce qu'elle a retrouvé.
Elle a mangé, seule, ses 3 petites patates ce midi.
Nous serons là pour toi vieille dame, nous serons là...
13 novembre 2005
Du contact
Je suis aide-soignant à domicile.
Je dois dire que j'ai un boulot assez formidable, je pars à la rencontre de vies bléssées, de personnages incroyables.



